Derrière ce nom énigmatique se cache la forme réinventée d'un jeu littéraire et logique au demeurant inoffensif mais dont les débuts furent étonnamment mouvementés. Son succès fulgurant n'eut d'égal que les angoisses paranoïaques et les vives critiques qu'il reçut pendant des années, des deux côtés de l'Atlantique. Qualifié par le New York Times de "gâchis impie" et par le London Times de "menace" qui a "réduit l'Amérique en esclavage", sa propagation n'en fut pas moins contagieuse.

 

Aujourd'hui, il imprègne toute la société anglaise qu'il a aidée, aussi incroyable que cela puisse paraître, à repousser l'invasion allemande en 1942. Élevé au rang d'art, symbolisant pour beaucoup le génie britannique, il s'est généralisé à travers le Commonwealth à d'autres terres et à d'autres langues. Est-ce une vieille rivalité, plusieurs fois centenaire, ou est-ce la crainte que la langue de Molière puisse un jour compter plus de génies de cet art que celle de Shakespeare ? Toujours est-il que le monde de la francophonie en fut tenu à l'écart…

 

Impensable que cette langue – à laquelle Devos, Queneau, Prévert, Perec, Parking, Coppens, De Groodt, De Warzée, Fonck, Pérusse, Meunier, Ducharme et tant d'autres ont fait faire toutes les contorsions – soit tenue à l'écart d'un jeu pareil... La langue de l'Oulipo ! La langue de la joyeuse bande de Françoise Treussard qui nous charme tous les dimanches avec Des Papous dans la tête (dont nous vous conseillons d'ailleurs les podcasts)... Impensable que dans cette langue-ci, ce jeu n'existe pas...

 

Jusqu'à aujourd'hui !

 

Crucicryptos est un jeu à la fois logique et littéraire qui fait appel à la fluidité de l'intelligence plus qu'au vocabulaire. Ce premier livre, Initiation, introduit pas à pas ses règles et ses nuances, tout en se penchant de manière irrévérencieuse sur près d'un siècle d'histoire. Crucicryptos, ayant dans la langue française un terreau fertile en jeux de mots, trouvera dans les francophones des adeptes ravis !